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Les traductions de cette rubrique sont des oeuvres originales de l'auteur et relèvent donc du Code de la propriété intellectuelle. Elles peuvent toutefois être utilisées avec des étudiants dans un but pédagogique et non lucratif, à condition d'indiquer leur origine et leur auteur.

Michel Luciani

Thèmes traduits :

1. Secrets de nobles (Guy de Maupassant) (cliquer ici)
2. Soirées d'hiver (Châteaubriand) (cliquer ici)
3. Un homme sensible (Romain Rolland) (cliquer ici)
4. Une princesse malheureuse (Stendhal) (cliquer ici)
5. La peur (Guy de Maupassant) (cliquer ici)
6. Séparation (Guy de Maupassant) (cliquer ici)
7. Le triomphe de la démocratie (Tocqueville) (cliquer ici)
8. La séparation des pouvoirs (Montesquieu) (cliquer ici)
9. Un promeneur solitaire (J.J. Rousseau) (cliquer ici)
10. La grand-messe médiatique (J.C. Guillebaud) (cliquer ici)

1. Secrets de nobles

Le baptême eut lieu vers la fin d'août. Le baron fut parrain, et tante Lison marraine. L'enfant reçut les noms de Pierre-Simon-Paul ; Paul pour les appellations courantes.
Dans les premiers jours de septembre, tante Lison repartit sans bruit, et son absence demeura aussi inaperçue que sa présence.
Un soir, après dîner, le curé parut. Il semblait embarrassé, comme s'il eût porté un mystère en lui, et, après une suite de propos inutiles, il pria la baronne et son mari de lui accorder quelques instants d'entretien particulier.
Ils partirent tous trois, d'un pas lent, jusqu'au bout de la grande allée, causant avec vivacité, tandis que Julien, resté seul avec Jeanne, s'étonnait, s'inquiétait, s'irritait de ce secret. Il voulut accompagner le prêtre qui prenait congé et ils disparurent ensemble, allant vers l'église qui sonnait l'angélus. Il faisait frais, presque froid, on rentra bientôt dans le salon. Tout le monde sommeillait un peu quand Julien revint brusquement, rouge, avec un air indigné…

Guy de Maupassant,
Une vie


Corrigé

Geheimnisse von Adligen

Die Taufe fand gegen Ende August statt. Der Baron stand Pate, und Tante Lison Patin. Das Kind erhielt die Namen Pierre-Simon-Paul ; Paul war die Benennung für das Alltagsleben.
In den ersten Tagen des September ging Tante Lison in aller Stille wieder, und ihre Abwesenheit blieb ebenso unbemerkt wie ihre Anwesenheit.
Eines Abends erschien nach dem Abendessen der Pfarrer. Er sah verlegen aus, als würde er ein Geheimnis mit sich herumtragen, und nach einigen überflüssigen Worten bat er die Baronin und ihren Mann um einige Augenblicke privater Unterredung.
Sie gingen alle drei mit langsamen Schritten bis zum Ende der großen Allee, wobei sie lebhaft miteinander sprachen, während Julien, der allein mit Jeanne zurückgeblieben war, über dieses Geheimnis verwundert, beunruhigt und verärgert war. Er äußerte dann den Wunsch, den Priester zu begleiten, der gerade Abschied nahm, und so veschwanden sie zusammen auf dem Weg zur Kirche, die den Angelus läutete. Es war kühl, fast kalt, bald kamen sie wieder in den Salon hinein. Alle lagen im Halbschlaf, als Julien mit rotem Gesicht und entrüsteter Miene plötzlich zurückkam…

Nach Guy de Maupassant


2. Soirées d'hiver au château familial

Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient. Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Sa tête, demi-chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tout droit. Lorsqu'en se promenant il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus ; on l'entendait seulement encore marcher dans les ténèbres ; puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa longue figure longue et pâle.
Lucile et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l'autre bout de la salle. Nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait en passant : « de quoi parliez-vous ? » Saisis de terreur, nous ne répondions rien ; il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent.

Châteaubriand,
Mémoires d'Outre-Tombe


Corrigé

Winterabende in der Familienburg

Ich setzte mich mit Lucile ans Feuer; die Diener deckten den Tisch ab und zogen sich dann zurück. Da fing mein Vater an, herumzuspazieren und hörte nur dann auf, wenn die Zeit für ihn gekommen war, zu Bett zu gehen. Sein halbkahler Kopf war mit einer großen weißen Mütze bedeckt, die ganz gerade stand. Wenn er sich im Auf- und Abgehen vom Herd entfernte, erhellte die einzige Kerze den geräumigen Saal so wenig, dass er nicht mehr zu sehen war; man hörte nur noch seine Schritte im Finstern; dann kam er langsam wieder in den Lichtkreis zurück und tauchte allmählich aus dem Dunkel hervor, wie ein Gespenst, mit seinem weißen Rock, seiner weißen Mütze und seinem langen, blassen Gesicht.
Lucile und ich wechselten leise einige Worte, wenn er sich am entgegengesetzten Ende des Raumes befand, und wir verstummten, wenn er sich uns näherte. Im Vorbeigehen fragte er uns :„Wovon spracht ihr denn?” Von Schrecken gepackt, konnten wir keine Antwort hervorbringen, und er setzte seinen Rundgang fort. Den ganzen übrigen Abend vernahm unser Ohr nur noch den regelmäßigen Hall seiner gemessenen Schritte, das Seufzen unserer Mutter und das Säuseln des Windes.

Nach Châteaubriand


3. Un homme sensible

Il savait bien que la vieille Salomé se moquait de lui, derrrière son dos avec les commères du quartier, et qu'elle le volait régulièrement dans ses comptes de chaque semaine. Il savait bien que ses élèves étaient obséquieux avec lui, tant qu'ils avaient besoin de lui, puis, qu'après qu'ils avaient reçu de lui tous les services qu'ils en pouvaient attendre, ils le laissaient de côté.
Il savait que ses anciens collègues de l'université l'avaient tout à fait oublié depuis qu'il avait pris sa retraite, et que son successeur le pillait dans ses articles, sans le nommer, ou en le nommant d'une façon perfide, pour citer une phrase sans valeur dans le monde de la critique. Il savait que son vieil ami Kunz lui avait encore fait un gros mensonge cet après-midi, et qu'il ne reverrait jamais les livres que son autre ami, Pottpetschmidt, lui avait empruntés pour quelques jours — ce qui était douloureux pour quelqu'un qui, comme lui, était attaché à ses livres ainsi qu'à des personnes vivantes. Beaucoup d'autres choses tristes lui revenaient à l'esprit ; il ne voulait pas y penser, mais elles étaient là quand même, il les sentait. Leur souvenir le traversait parfois comme une douleur lancinante.

Romain Rolland,
Jean-Christophe


Corrigé

Ein empfindsamer Mensch

Er wusste wohl, dass die alte Salomé hinter seinem Rücken mit den Klatschbasen des Viertels über ihn spottete und ihn regelmäßig bestahl, wenn sie jede Woche die Abrechnung machte. Er wusste wohl, dass seine Schüler sich ihm gegenüber unterwürfig zeigten, solange sie ihn brauchten, und dass sie ihn dann links liegen ließen, wenn sie von ihm alle Dienste erwiesen bekommen hatten, die sie von ihm erwarten konnten.
Er wusste, dass seine ehemaligen Kollegen von der Universität ihn ganz und gar vergessen hatten, seit er sich hatte emeritieren lassen, und dass sein Nachfolger ihn in seinen Artikeln regelrecht abschrieb, ohne ihn zu nennen oder dass er ihn auch dabei auf heimtückische Weise nannte, indem er einen Satz zitierte, der in der Welt der Kritik wertlos war. Er wusste, dass sein alter Freund Kunz ihn noch am gleichen Nachmittag wieder grob belogen hatte, und dass er nie die Bücher wiedersehen würde, die sein anderer Freund Pottpetschmidt für einige Tage bei ihm geliehen hatte — was für jeden schmerzlich war, der, wie er, an seinen Büchern wie an lebendigen Menschen hing. Viele andere traurige Dinge kamen ihm wieder in den Sinn. Er wollte nicht daran denken, aber sie waren trotzdem da, er spürte sie. Die Erinnerung an sie durchzog ihn bisweilen wie ein stechender Schmerz.

Nach Romain Rolland


4. Une princesse malheureuse

La duchesse, toujours passionnée pour quelque chose, toujours agissante, jamais oisive, avait plus d'esprit que toute la cour de Parme ; mais elle manquait de patience et d'impassibilité pour réussir dans les intrigues. Toutefois, elle était parvenue à suivre avec passion les intérêts des diverses coteries, elle commençait même à avoir un crédit personnel auprès du prince. Clara-Paolina, la princesse régnante, environnée d'honneurs mais emprisonnée dans l'étiquette la plus surannée, se regardait comme la plus malheureuse des femmes.
La duchesse Sanseverina lui fit la cour et entreprit de lui prouver qu'elle n'était point si malheureuse. Il faut savoir que le prince ne voyait sa femme qu'à dîner : ce repas durait trente minutes, et le prince passait des semaines entières sans adresser la parole à Clara-Paolina. Mme Sanseverina essaya de changer tout cela ; elle amusait le prince, et d'autant plus qu'elle avait su conserver toute son indépendance. Quand elle l'eût voulu, elle n'eût pas pu ne jamais blesser aucun des sots qui pullulaient à la cour.

Stendhal,
La Chartreuse de Parme


Corrigé

Eine unglückliche Fürstin

Die Herzogin war stets für etwas leidenschaftlich begeistert, war stets tätig, nie müßig und hatte mehr Geist als der ganze Hof von Parma. Es fehlte ihr aber an Geduld und Gelassenheit, um in der Welt der Intrigen Erfolg haben zu können. Jedoch gelang es ihr, die Bestrebungen der einzelnen Zirkel mit regem Interesse zu verfolgen und gewann sogar allmählich einen persönlichen Einfluss auf den Fürsten. Clara-Paolina, die herrschende Fürstin, die von Ehrenbezeugungen umgeben war, aber in äußerst veralteten Formen der Etikette gefangen war, hielt sich für die unglücklichste der Frauen.
Die Herzogin Sanseverina machte ihr den Hof und befasste sich damit, ihr zu beweisen, dass sie eigentlich nicht so unglücklich sei. Man muss ja wissen, dass der Fürst seine Frau nur abends beim Essen sah : Diese Mahlzeit dauerte dreißig Minuten, und der Fürst ließ ganze Wochen verstreichen, ohne ein einziges Wort an Clara-Paolina zu richten. Frau Sanseverina bemühte sich, all dies zu ändern. Sie erheiterte den Fürsten, umso mehr, als sie sich darauf verstanden hatte, ihre ganze Unabhängigkeit zu wahren. Selbst wenn sie es gewollt hätte, wäre es ihr nie gelungen, keinen der so vielen Dummköpfe zu kränken, die am Hof lebten.

Nach Stendhal


5. La peur

C'était l'hiver dernier, dans une forêt du nord-est de la France. La nuit vint deux heures plus tôt, tant le ciel était sombre. J'avais pour guide un paysan qui marchait à mon côté, par un tout petit chemin, sous une voûte de sapins dont le vent déchaîné tirait des hurlements. Parfois, sous une immense rafale, toute la forêt s'inclinait dans le même sens avec un gémissement de souffrance ; et le froid m'envahissait, malgré mon pas rapide et mon lourd vêtement.
Nous devions souper chez un garde forestier dont la maison n'était plus éloignée de nous. J'allais là pour chasser. Mon guide, parfois, levait les yeux et murmurait : « Triste temps ! » Puis il me parla des gens chez qui nous arrivions. Le père avait tué un braconnier deux ans auparavant, et, depuis ce jour, il semblait sombre, comme hanté d'un souvenir. Ses deux fils, mariés, vivaint avec lui.
Les ténèbres étaient profondes. je ne voyais rien devant moi, ni autour de moi, et toute la branchure des arbres entrechoqués emplissait la nuit d'une rumeur incessante. Enfin j'aperçus une lumière, et bientôt mon compagnon heurtait une porte. Des cris aigus de femmes nous répondirent. Puis une voix d'homme, une voix étranglée, demanda : «Qui va là ?» Mon guide se nomma. Nous entrâmes.

Guy de Maupassant,
La peur, in : Les Contes de la bécasse


Corrigé

Angstgefühl

Es war im letzten Winter, in einem Wald im Nordosten Frankreichs. Die Nacht kam zwei Stunden früher, so dunkel der Himmel war. Der Mann, der mich führte, war ein Bauer, der an meiner Seite auf einem schmalen Pfad wandelte, unter einem Gewölbe aus Tannen, in denen der tobende Wind eine Art Geheul entstehen ließ. Ab und zu beugte ein gewaltiger Windstoß den ganzen Wald in dieselbe Richtung, wobei gleichsam ein Klagelaut zu hören war; und die Kälte durchdrang mich, obwohl ich mit zügigen Schritten ging und einen schweren Mantel trug.
Wir sollten bei einem Förster zu Abend essen, dessen Haus nun nicht mehr so weit von uns war. Ich ging dorthin, um zu jagen. Mein Führer blickte manchmal auf und murmelte „Welch ein tristes Wetter!” Dann erzählte er mir von den Leuten, bei denen wir bald ankommen sollten. Der Vater hatte zwei Jahre vorher einen Wilderer umgebracht und seit diesem Tag hatte er ein finsteres Gesicht, als könnte er eine bestimmte Erinnerung nicht loswerden. Seine beiden Söhne, die verheiratet waren, lebten bei ihm. Der Weg war in tiefes Dunkel gehüllt, ich konnte nichts sehen, weder vor mir noch um mich herum, und die Bäume, die ihre Äste aneinander stießen, erfüllten die Nacht mit einem Rascheln, das nicht aufhören wollte. Endlich erblickte ich ein Licht und bald darauf schlug mein Gefährte gegen eine Tür. Frauen antworteten uns mit schrillen Rufen. Dann fragte ein Mann mit erstickter Stimme : „Wer da?” Mein Führer nannte seinen Namen. Wir traten ein.

Nach Guy de Maupassant


6. Séparation

Madame Forestier l'avait conduit à la gare. Ils se promenaient tranquillement sur le quai, en attendant l'heure du départ, et parlaient de choses indifférentes. Le train arriva, très court, un vrai rapide, n'ayant que cinq wagons. Le journaliste choisit sa place, puis redescendit pour causer encore quelques instants avec elle, saisi soudain d'une tristesse, d'un chagrin, d'un regret violent de la quitter, comme s'il allait la perdre pour toujours.
Un employé criait : « Marseille, Lyon, Paris, en voiture ! » Duroy monta, puis s'accouda à la portière pour lui dire encore quelques mots. La locomotive siffla et le convoi doucement se mit en marche. Le jeune homme, penché hors du wagon, regardait la jeune femme immobile sur le quai et dont le regard le suivait. Et soudain, comme il allait la perdre de vue, il prit avec ses deux mains un baiser sur sa bouche pour le jeter vers elle.
Elle le renvoya d'un geste plus discret, hésitant, ébauché seulement.

Guy de Maupassant,
Bel-Ami


Corrigé

Abschied

Frau Forestier hatte ihn zum Bahnhof gebracht. Sie spazierten gelassen auf dem Bahnsteig und warteten die Abfahrtszeit ab, wobei sie von belanglosen Dingen sprachen. Dann kam der Zug, ein recht kurzer, echter Schnellzug, der nur fünf Wagen führte. Der Journalist wählte sich einen Platz aus und stieg dann wieder aus, um noch einige Augenblicke mit ihr zu plaudern. Er wurde plötzlich von einem Gefühl der Traurigkeit, einem Kummer befallen und empfand einen heftigen Schmerz darüber, dass er sie verlassen musste, als würde er sie für immer verlieren.
Ein Angestellter rief aus: „Marseille, Lyon, Paris, einsteigen bitte!” Duroy stieg ein, lehnte sich mit den Ellbogen an die Wagentür, um ihr noch einige Worte zu sagen. Da pfiff die Lokomotive und der ganze Zug setzte sich langsam in Bewegung.
Der junge Mann, der sich hinausgelehnt hatte, blickte die junge Frau an, die regungslos auf dem Bahnsteig stand und deren Blick ihm nachsah. Plötzlich, als er sie aus den Augen verlieren sollte, nahm er mit beiden Händen einen Kuss vom Mund und warf ihn nach ihr.
Sie erwiderte ihn mit einer weniger auffälligen, etwas zögernden Geste, die eigentlich nur angedeutet war.

Nach Guy de Maupassant


7. Le triomphe de la démocratie

Une grande révolution démocratique s'opère parmi nous ; tous la voient, mais tous ne la jugent point de la même manière. Les uns la considèrent comme une chose nouvelle, et, la prenant pour un accident, ils espèrent pouvoir encore l'arrêter ; tandis que d'autres la jugent irrésistible, parce qu'elle leur semble le fait le plus continu, le plus ancien et le plus permanent que l'on connaisse dans l'histoire.
Lorsqu'on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands événements qui, depuis sept cents ans, n'aient tourné au profit de l'égalité.
Les croisades et les guerres des Anglais déciment les nobles et divisent leurs terres ; l'institution des communes introduit la liberté démocratique au sein de la monarchie féodale ; la découverte des armes à feu égalise le vilain et le noble sur le champ de batailles ; l'imprimerie offre d'égales ressources à leur intelligence ; la poste vient déposer la lumière sur le seuil de la cabane du pauvre comme à la porte des palais ; le protestantisme soutient que tous les hommes sont également en état de trouver le chemin du ciel. L'Amérique, qui se découvre, présente à la fortune mille routes nouvelles, et ouvre à l'obscur aventurier les richesses et le pouvoir…
Le développement graduel de l'égalité des conditions est donc un fait providentiel, il en en les principaux caractères : il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puissance humaine ; tous les événements, comme tous les hommes, servent à son développement.

Alexis de Tocqueville,
De la Démocratie en Amérique


Corrigé

Der Triumph der Demokratie

Eine ungeheure demokratische Revolution vollzieht sich vor unseren Augen. Alle sehen sie, aber nicht alle beurteilen sie gleicherweise. Die einen betrachten sie als etwas Neues und, da sie sie für eine zufällige Erscheinung halten, hegen sie die Hoffnung, sie könnten sie noch aufhalten, während andere meinen, sie sei unaufhaltsam, weil sie in ihren Augen das gleichmäßigst fortschreitende, das älteste und beständigste Phänomen darstellt, das je in der Geschichte vorgekommen ist.
Wenn man das Buch unserer Geschichte durchblättert, dann ist so gut wie kein großes Ereignis anzutreffen, das sich seit siebenhundert Jahren nicht zu Gunsten der Gleicheit gewendet hat.
In den Kreuzzügen und den Kriegen gegen die Engländer werden die Adligen dezimiert und ihre Ländereien geteilt. Durch die Einrichtung der Gemeinden wird die demokratische Freiheit ins Herz der feudalen Monarchie gebracht. Die Entdeckung der Feuerwaffen stellt auf dem Schlachtfeld den Freibauern dem Adligen gleich. Durch die Erfindung der Buchdruckerkunst werden ihrem Verstand die gleichen geistigen Mittel zur Verfügung gestellt; die Post bringt die Aufklärung des Gedruckten bis an die Schwelle der Hütte des Armen, genauso wie vor die Toren der Paläste. Der Protestantismus behauptet, dass alle Menschen gleichermaßen fähig seien, den Weg ins Himmelreich zu finden. Amerika, das sich zurzeit entdecken lässt, bietet dem Glück des Menschen tausende neue Wege und eröffnet dem heute noch unbekannten Abenteurer die Möglichkeit, zu Reichtum und Macht zu gelangen…
Die stufenweise Entwicklung der Gleichheit für alle Stände ist also eine Tat der Vorsehung, sie besitzt auch ihre Hauptmerkmale: sie ist universal und beständig, jeden Tag entgeht sie der menschlichen Gewalt, und alle Ereignisse wie alle Menschen dienen ihrem Fortschreiten.

Nach Alexis de Tocqueville


8. La séparation des pouvoirs

La liberté politique dans un citoyen est cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté ; et pour qu'on ait cette liberté, il faut que le gouvernement soit tel qu'un citoyen ne puisse craindre un autre citoyen.
Lorsque, dans la même personne ou le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n'y a point de liberté, parce qu'on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques pour les exécuter tyranniquement.
Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire : car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur.
Tout serait perdu si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçait ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d'exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers.
Dans la plupart des royaumes de l'Europe, le gouvernement est modéré, parce que le prince, qui a les deux premiers pouvoirs, laisse à ses sujets l'exercice du troisième. Chez les Turcs, où les trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan, il règne un affreux despotisme.

Montesquieu,
L'Esprit des Lois,
livre XI, chapitre VI


Corrigé

Die Gewaltenteilung

Die politische Freiheit, die ein Bürger genießt, besteht in dem Seelenfrieden, der daher rührt, dass jeder ein Gefühl der Sicherheit hat. Und Voraussetzung für diese Freiheit ist, dass die Regierung so beschaffen ist, dass kein Bürger einen anderen Bürger zu fürchten hat.
Wenn aber in ein und derselben Person, bzw. in derselben höchsten Instanz die Legislative und die Exekutive vereint sind, dann besteht keine Freiheit, weil es zu befürchten ist, dass der eine Monarch oder der eine Senat tyrannische Gesetze erlässt, um sie dann auf tyrannische Weise ausführen zu lassen.
Die Freiheit ist auch dann nicht vorhanden, wenn die Judikative nicht von der Legislative oder von der Exekutive getrennt ist. Wenn die richterliche Gewalt mit der gesetzgebenden Gewalt gepaart wäre, so wäre die Macht über Leben und Freiheit der Bürger reine Willkür : denn der Richter wäre ja auch zugleich Gesetzgeber. Wenn sie mit der vollstreckenden Gewalt vereint wäre, dann könnte der Richter über die Macht eines Unterdrückers verfügen.
Alles wäre verloren, wenn derselbe Mann, bzw. derselbe Apparat der führenden Schicht, ob aus dem Adel oder aus dem Volke stammend, jene drei Gewalten ausüben könnte: Gesetze erlassen, öffentliche Beschlüsse ausführen und über Verbrechen oder Streitigkeiten der einzelnen Bürger richten zu dürfen. In den meisten europäischen Königreichen ist eine gemäßigte Regierungsform vorhanden, weil der Herrscher, der über die beiden ersten Gewalten verfügt, seinen Untertanen die Ausübung der dritten Gewalt überlässt. Bei den Türken, wo alle drei Gewalten in der Hand des Sultans vereint sind, herrscht ein schrecklicher despotismus.

Nach Montesquieu


9. Un promeneur solitaire

Quand mes douleurs me font tristement mesurer la longueur des nuits, et que l'agitation de la fièvre m'empêche de goûter un seul instant de sommeil, souvent je me distrais de mon état présent en songeant aux divers événements de ma vie ; et les repentirs, les doux souvenirs, les regrets, l'attendrissement se partagent le soin de me faire oublier quelques moments mes souffrances. Quel temps croiriez-vous, monsieur, que je me rappelle le plus souvent et le plus volontiers dans mes rêves ? ce ne sont point les plaisirs de ma jeunesse ; ils furent trop rares, trop mêlés d'amertume, et sont trop loin de moi. Ce sont ceux de ma retraite, ce sont mes promenades solitaires, ce sont ces jours rapides, mais délicieux, que j'ai passés tout entiers avec moi seul, avec mon chien bien-aimé, ma vieille chatte, avec les oiseaux de la campagne et les biches de la forêt, avec la nature entière et son inconcevable auteur.
En me levant avant le soleil pour aller contempler son lever dans mon jardin, quand je voyais commencer une belle journée, mon premier souhait était que ni lettres, ni visites, n'en vinssent troubler le charme. Après avoir donné la matinée à divers soins que je remplissais tous avec plaisir, parce que je pouvais les remettre à un autre temps, je me hâtais de dîner pour échapper aux importuns, et me ménager un plus long après-midi. Avant une heure, même les jours les plus ardents, je partais par le grand soleil avec le fidèle Achate, pressant le pas, dans la crainte que quelqu'un ne vînt s'emparer de moi avant que j'eusse pu m'esquiver… J'allais ensuite d'un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu désert, quelque asile où nul tiers importun ne vînt s'interposer entre la nature et moi.

Jean-Jacques Rousseau,
Troisième lettre à M. de Malesherbes,
26 janvier 1762


Corrigé

Ein einsamer Wanderer

Wenn ich an meinen Schmerzen die Trostlosigkeit der langen Nächte ermesse und vor lauter Aufregung, die das hohe Fieber verursacht, keinen Schlaf finden kann, dann lenke ich oft meine Gedanken vom gegenwärtigen Zustand zu den verschiedenen Ereignissen meines Lebens. Reuen und liebe Erinnerungen, sowie mit Sehnsucht und auch mit Rührung erfüllte Gedanken, alle zusammen lassen mich für kurze Zeit meine Leiden vergessen. An welche Zeiten, meinen Sie, gnädiger Herr, erinnere ich mich in diesen halbwachen Stunden am öftesten und am liebsten? nicht etwa an die Freuden meiner Jugend; sie waren zu selten, zu sehr mit Bitterkeit vermischt und liegen schon allzu weit von mir entfernt. Es sind die Freuden der Zurückgezogenheit, meine einsamen Wanderungen, es sind jene flüchtigen, doch köstlichen Tage, die ich ganz und gar mit mir allein verbrachte, mit meinem geliebten Hund, meiner alten Katze, mit den Vögeln des Feldes und den Rehen des Waldes, mit der ganzen Natur überhaupt und ihrem unfassbaren Schöpfer.
Wenn ich vor der Sonne aufstand, um deren Aufgang in meinem Garten zu betrachten, wenn ich einen schönen Tag anbrechen sah, so wünschte ich als Erstes, dass weder Briefe noch Besuche dessen Reiz trüben würden. Nachdem ich den ganzen Vormittag damit beschäftigt war, verschiedene Arbeiten mit Freude zu verrichten, da ich sie auch auf einen späteren Zeitpunkt verschieben konnte, nahm ich mit großer Eile das Mittagessen ein, um ungelegenen Besuchern zu entkommen und mir einen längeren Nachmittag vorzubehalten. Vor ein Uhr mittags ging ich, selbst bei größter Hitze, mit meinem treuen Achate unter praller Sonne fort, und zwar mit zügigen Schritten, da ich darum besorgt war, dass jemand kommen und sich meiner bemächtigen könnte, bevor ich mich hätte davonmachen können… Ich ging dann mit ruhigeren Schritten weiter und suchte mir einen abgelegenen Ort im Walde, einen einsamen Platz, einen Zufluchtsort aus, an dem kein unerwünschter Dritter zwischen die Natur und mich treten konnte.

Nach Jean-Jacques Rousseau




La grand-messe médiatique

De la course à l’audience aux compétitions publicitaires, de la « chasse au scoop » aux unanimités lyncheuses, des effets d’annonce en matière politique à la transparence imposée sur le terrain judiciaire : toute la réalité sociale donne aujourd’hui l’impression d’être, pour une bonne part, reconfigurée par le médiatique.
Prenons quelques exemples. La politique n’a pas seulement déserté les préaux d’école ou les travées du Parlement pour émigrer vers les studios de télévision. Elle a été contrainte de se soumettre aux règles langagières et rhétoriques qui prévalent dans les médias (petites phrases, séduction, raisonnements simplifiés, etc.). Son statut s’en est trouvé transformé en même temps qu’était rompu l’équilibre traditionnel des pouvoirs. Le rapport de force entre le politique et le médiatique s’est largement inversé au bénéfice du second. (…)
De la même façon, le fonctionnement du système scolaire a été changé sous l’influence de ce continuum informatif et distractif qui concurrence l’école du dehors et met en échec le projet pédagogique. Le médiatique, proliférant et tentateur, se pose en rival du maître — ou des parents — et vient chambouler l’ordonnancement de ce qu’on appelait jadis la transmission et l’éducation.

Jean-Claude Guillebaud
La force de conviction
Editions du Seuil, 2005



Corrigé

Die Zelebration des Medienspektakels


Angefangen mit dem Wettlauf um die höchste Einschaltquote, mit den Wettkämpfen der Werbeagenturen und der „Jagd nach dem Scoop” bis hin zu den einstimmigen Lynchkampagnen, den politischen Paukenschlägen mit bloßer Alibifunktion und zur dem Gerichtswesen aufgezwungenen Transparenz: Die Realität der ganzen Gesellschaft erweckt heutzutage den Eindruck, als wäre sie zum Großteil durch die Medienwelt umgeformt worden.
Nennen wir einige Beispiele. Die politische Welt hat sich nicht nur von den Bildungsanstalten oder vom Parlamentsgebäude entfernt, um in die Fernsehstudios überzusiedeln. Sie wurde auch gezwungen, alle sprachlichen und rhetorischen Regeln genau zu befolgen, die in den Medien vorherrschen (kurze, pointierte Sätze, verführerischer Charme, vereinfachte Argumentation, usw.). Dadurch ist aber ihr Status verändert worden, wobei das herkömmliche Gleichgewicht zwischen den verschiedenen Gewaltenträgern verloren ging. Das Kräfteverhältnis zwischen der Politik und der Medienwelt hat sich zugunsten der letzteren deutlich umgekehrt. (…)
Auf die gleiche Art und Weise veränderte sich das Wirken des Schulwesens unter dem Einfluss dieser unablässigen Informations- und Unterhaltungsmaschinerie, die von außen her mit der Schule konkurriert und die pädagogischen Pläne vereitelt. Das wuchernde und verführerische Mediensystem erscheint als der große Rivale des Lehrers bzw. der Eltern, der daherkommt und den Ablaufplan dessen durcheinanderbringt, was man einst Überlieferung und Erziehung zu nennen pflegte.

Nach Jean-Claude Guillebaud


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