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Michel Luciani

 
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Thèmes traduits :

1. Secrets de nobles (Guy de Maupassant) (cliquer ici)
2. Soirées d'hiver (Châteaubriand) (cliquer ici)
3. Un homme sensible (Romain Rolland) (cliquer ici)
4. Une princesse malheureuse (Stendhal) (cliquer ici)
5. La peur (Guy de Maupassant) (cliquer ici)
6. Séparation (Guy de Maupassant) (cliquer ici)
7. Le triomphe de la démocratie (Tocqueville) (cliquer ici)
8. La séparation des pouvoirs (Montesquieu) (cliquer ici)
9. Un promeneur solitaire (J.J. Rousseau) (cliquer ici)
10. La grand-messe médiatique (J.C. Guillebaud) (cliquer ici)
11. Des amis malheureux (Alain-Fournier) (cliquer ici)

1. Secrets de nobles

Le baptême eut lieu vers la fin d'août. Le baron fut parrain, et tante Lison marraine. L'enfant reçut les noms de Pierre-Simon-Paul ; Paul pour les appellations courantes.
Dans les premiers jours de septembre, tante Lison repartit sans bruit, et son absence demeura aussi inaperçue que sa présence.
Un soir, après dîner, le curé parut. Il semblait embarrassé, comme s'il eût porté un mystère en lui, et, après une suite de propos inutiles, il pria la baronne et son mari de lui accorder quelques instants d'entretien particulier.
Ils partirent tous trois, d'un pas lent, jusqu'au bout de la grande allée, causant avec vivacité, tandis que Julien, resté seul avec Jeanne, s'étonnait, s'inquiétait, s'irritait de ce secret. Il voulut accompagner le prêtre qui prenait congé et ils disparurent ensemble, allant vers l'église qui sonnait l'angélus. Il faisait frais, presque froid, on rentra bientôt dans le salon. Tout le monde sommeillait un peu quand Julien revint brusquement, rouge, avec un air indigné…

Guy de Maupassant,
Une vie


Corrigé

Geheimnisse von Adligen

Die Taufe fand gegen Ende August statt. Der Baron stand Pate, und Tante Lison Patin. Das Kind erhielt die Namen Pierre-Simon-Paul ; Paul war die Benennung für das Alltagsleben.

LE CORRIGÉ MANQUE


2. Soirées d'hiver au château familial

Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient. Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Sa tête, demi-chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tout droit. Lorsqu'en se promenant il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus ; on l'entendait seulement encore marcher dans les ténèbres ; puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa longue figure longue et pâle.
Lucile et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l'autre bout de la salle. Nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait en passant : « de quoi parliez-vous ? » Saisis de terreur, nous ne répondions rien ; il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent.

Châteaubriand,
Mémoires d'Outre-Tombe


Corrigé



Winterabende in der Familienburg

Ich setzte mich mit Lucile ans Feuer; die Diener deckten den Tisch ab und zogen sich dann zurück.

LE CORRIGÉ MANQUE


3. Un homme sensible

Il savait bien que la vieille Salomé se moquait de lui, derrrière son dos avec les commères du quartier, et qu'elle le volait régulièrement dans ses comptes de chaque semaine. Il savait bien que ses élèves étaient obséquieux avec lui, tant qu'ils avaient besoin de lui, puis, qu'après qu'ils avaient reçu de lui tous les services qu'ils en pouvaient attendre, ils le laissaient de côté.
Il savait que ses anciens collègues de l'université l'avaient tout à fait oublié depuis qu'il avait pris sa retraite, et que son successeur le pillait dans ses articles, sans le nommer, ou en le nommant d'une façon perfide, pour citer une phrase sans valeur dans le monde de la critique. Il savait que son vieil ami Kunz lui avait encore fait un gros mensonge cet après-midi, et qu'il ne reverrait jamais les livres que son autre ami, Pottpetschmidt, lui avait empruntés pour quelques jours — ce qui était douloureux pour quelqu'un qui, comme lui, était attaché à ses livres ainsi qu'à des personnes vivantes. Beaucoup d'autres choses tristes lui revenaient à l'esprit ; il ne voulait pas y penser, mais elles étaient là quand même, il les sentait. Leur souvenir le traversait parfois comme une douleur lancinante.

Romain Rolland,
Jean-Christophe


Corrigé

Ein empfindsamer Mensch

Er wusste wohl, dass die alte Salomé hinter seinem Rücken mit den Klatschbasen des Viertels über ihn spottete und ihn regelmäßig bestahl, wenn sie jede Woche die Abrechnung machte.

LE CORRIGÉ MANQUE

 

Nach Romain Rolland


4. Une princesse malheureuse

La duchesse, toujours passionnée pour quelque chose, toujours agissante, jamais oisive, avait plus d'esprit que toute la cour de Parme ; mais elle manquait de patience et d'impassibilité pour réussir dans les intrigues. Toutefois, elle était parvenue à suivre avec passion les intérêts des diverses coteries, elle commençait même à avoir un crédit personnel auprès du prince. Clara-Paolina, la princesse régnante, environnée d'honneurs mais emprisonnée dans l'étiquette la plus surannée, se regardait comme la plus malheureuse des femmes.
La duchesse Sanseverina lui fit la cour et entreprit de lui prouver qu'elle n'était point si malheureuse. Il faut savoir que le prince ne voyait sa femme qu'à dîner : ce repas durait trente minutes, et le prince passait des semaines entières sans adresser la parole à Clara-Paolina. Mme Sanseverina essaya de changer tout cela ; elle amusait le prince, et d'autant plus qu'elle avait su conserver toute son indépendance. Quand elle l'eût voulu, elle n'eût pas pu ne jamais blesser aucun des sots qui pullulaient à la cour.

Stendhal,
La Chartreuse de Parme


Corrigé

Eine unglückliche Fürstin

Die Herzogin war stets für etwas leidenschaftlich begeistert, war stets tätig, nie müßig und hatte mehr Geist als der ganze Hof von Parma.

LE CORRIGÉ MANQUE


5. La peur

C'était l'hiver dernier, dans une forêt du nord-est de la France. La nuit vint deux heures plus tôt, tant le ciel était sombre. J'avais pour guide un paysan qui marchait à mon côté, par un tout petit chemin, sous une voûte de sapins dont le vent déchaîné tirait des hurlements. Parfois, sous une immense rafale, toute la forêt s'inclinait dans le même sens avec un gémissement de souffrance ; et le froid m'envahissait, malgré mon pas rapide et mon lourd vêtement.
Nous devions souper chez un garde forestier dont la maison n'était plus éloignée de nous. J'allais là pour chasser. Mon guide, parfois, levait les yeux et murmurait : « Triste temps ! » Puis il me parla des gens chez qui nous arrivions. Le père avait tué un braconnier deux ans auparavant, et, depuis ce jour, il semblait sombre, comme hanté d'un souvenir. Ses deux fils, mariés, vivaint avec lui.
Les ténèbres étaient profondes. je ne voyais rien devant moi, ni autour de moi, et toute la branchure des arbres entrechoqués emplissait la nuit d'une rumeur incessante. Enfin j'aperçus une lumière, et bientôt mon compagnon heurtait une porte. Des cris aigus de femmes nous répondirent. Puis une voix d'homme, une voix étranglée, demanda : «Qui va là ?» Mon guide se nomma. Nous entrâmes.

Guy de Maupassant,
La peur, in : Les Contes de la bécasse


Corrigé

Angstgefühl

Es war im letzten Winter, in einem Wald im Nordosten Frankreichs. Die Nacht kam zwei Stunden früher, so dunkel der Himmel war.

LE CORRIGÉ MANQUE


6. Séparation

Madame Forestier l'avait conduit à la gare. Ils se promenaient tranquillement sur le quai, en attendant l'heure du départ, et parlaient de choses indifférentes. Le train arriva, très court, un vrai rapide, n'ayant que cinq wagons. Le journaliste choisit sa place, puis redescendit pour causer encore quelques instants avec elle, saisi soudain d'une tristesse, d'un chagrin, d'un regret violent de la quitter, comme s'il allait la perdre pour toujours.
Un employé criait : « Marseille, Lyon, Paris, en voiture ! » Duroy monta, puis s'accouda à la portière pour lui dire encore quelques mots. La locomotive siffla et le convoi doucement se mit en marche. Le jeune homme, penché hors du wagon, regardait la jeune femme immobile sur le quai et dont le regard le suivait. Et soudain, comme il allait la perdre de vue, il prit avec ses deux mains un baiser sur sa bouche pour le jeter vers elle.
Elle le renvoya d'un geste plus discret, hésitant, ébauché seulement.

Guy de Maupassant,
Bel-Ami


Corrigé

Abschied

Frau Forestier hatte ihn zum Bahnhof gebracht. Sie spazierten gelassen auf dem Bahnsteig und warteten die Abfahrtszeit ab, wobei sie von belanglosen Dingen sprachen.

LE CORRIGÉ MANQUE


7. Le triomphe de la démocratie

Une grande révolution démocratique s'opère parmi nous ; tous la voient, mais tous ne la jugent point de la même manière. Les uns la considèrent comme une chose nouvelle, et, la prenant pour un accident, ils espèrent pouvoir encore l'arrêter ; tandis que d'autres la jugent irrésistible, parce qu'elle leur semble le fait le plus continu, le plus ancien et le plus permanent que l'on connaisse dans l'histoire.
Lorsqu'on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands événements qui, depuis sept cents ans, n'aient tourné au profit de l'égalité.
Les croisades et les guerres des Anglais déciment les nobles et divisent leurs terres ; l'institution des communes introduit la liberté démocratique au sein de la monarchie féodale ; la découverte des armes à feu égalise le vilain et le noble sur le champ de batailles ; l'imprimerie offre d'égales ressources à leur intelligence ; la poste vient déposer la lumière sur le seuil de la cabane du pauvre comme à la porte des palais ; le protestantisme soutient que tous les hommes sont également en état de trouver le chemin du ciel. L'Amérique, qui se découvre, présente à la fortune mille routes nouvelles, et ouvre à l'obscur aventurier les richesses et le pouvoir…
Le développement graduel de l'égalité des conditions est donc un fait providentiel, il en en les principaux caractères : il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puissance humaine ; tous les événements, comme tous les hommes, servent à son développement.

Alexis de Tocqueville,
De la Démocratie en Amérique


Corrigé

Der Triumph der Demokratie

Eine ungeheure demokratische Revolution vollzieht sich vor unseren Augen. Alle sehen sie, aber nicht alle beurteilen sie gleicherweise.

LE CORRIGÉ MANQUE


8. La séparation des pouvoirs

La liberté politique dans un citoyen est cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté ; et pour qu'on ait cette liberté, il faut que le gouvernement soit tel qu'un citoyen ne puisse craindre un autre citoyen.
Lorsque, dans la même personne ou le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n'y a point de liberté, parce qu'on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques pour les exécuter tyranniquement.
Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire : car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur.
Tout serait perdu si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçait ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d'exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers.
Dans la plupart des royaumes de l'Europe, le gouvernement est modéré, parce que le prince, qui a les deux premiers pouvoirs, laisse à ses sujets l'exercice du troisième. Chez les Turcs, où les trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan, il règne un affreux despotisme.

Montesquieu,
L'Esprit des Lois,
livre XI, chapitre VI


Corrigé

Die Gewaltenteilung

Die politische Freiheit, die ein Bürger genießt, besteht in dem Seelenfrieden, der daher rührt, dass jeder ein Gefühl der Sicherheit hat.

LE CORRIGÉ MANQUE


9. Un promeneur solitaire

Quand mes douleurs me font tristement mesurer la longueur des nuits, et que l'agitation de la fièvre m'empêche de goûter un seul instant de sommeil, souvent je me distrais de mon état présent en songeant aux divers événements de ma vie ; et les repentirs, les doux souvenirs, les regrets, l'attendrissement se partagent le soin de me faire oublier quelques moments mes souffrances. Quel temps croiriez-vous, monsieur, que je me rappelle le plus souvent et le plus volontiers dans mes rêves ? ce ne sont point les plaisirs de ma jeunesse ; ils furent trop rares, trop mêlés d'amertume, et sont trop loin de moi. Ce sont ceux de ma retraite, ce sont mes promenades solitaires, ce sont ces jours rapides, mais délicieux, que j'ai passés tout entiers avec moi seul, avec mon chien bien-aimé, ma vieille chatte, avec les oiseaux de la campagne et les biches de la forêt, avec la nature entière et son inconcevable auteur.
En me levant avant le soleil pour aller contempler son lever dans mon jardin, quand je voyais commencer une belle journée, mon premier souhait était que ni lettres, ni visites, n'en vinssent troubler le charme. Après avoir donné la matinée à divers soins que je remplissais tous avec plaisir, parce que je pouvais les remettre à un autre temps, je me hâtais de dîner pour échapper aux importuns, et me ménager un plus long après-midi. Avant une heure, même les jours les plus ardents, je partais par le grand soleil avec le fidèle Achate, pressant le pas, dans la crainte que quelqu'un ne vînt s'emparer de moi avant que j'eusse pu m'esquiver… J'allais ensuite d'un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu désert, quelque asile où nul tiers importun ne vînt s'interposer entre la nature et moi.

Jean-Jacques Rousseau,
Troisième lettre à M. de Malesherbes,
26 janvier 1762


Corrigé

Ein einsamer Wanderer

Wenn ich an meinen Schmerzen die Trostlosigkeit der langen Nächte ermesse und vor lauter Aufregung, die das hohe Fieber verursacht, keinen Schlaf finden kann, dann lenke ich oft meine Gedanken

LE CORRIGÉ MANQUE

La grand-messe médiatique

De la course à l’audience aux compétitions publicitaires, de la « chasse au scoop » aux unanimités lyncheuses, des effets d’annonce en matière politique à la transparence imposée sur le terrain judiciaire : toute la réalité sociale donne aujourd’hui l’impression d’être, pour une bonne part, reconfigurée par le médiatique.
Prenons quelques exemples. La politique n’a pas seulement déserté les préaux d’école ou les travées du Parlement pour émigrer vers les studios de télévision. Elle a été contrainte de se soumettre aux règles langagières et rhétoriques qui prévalent dans les médias (petites phrases, séduction, raisonnements simplifiés, etc.). Son statut s’en est trouvé transformé en même temps qu’était rompu l’équilibre traditionnel des pouvoirs. Le rapport de force entre le politique et le médiatique s’est largement inversé au bénéfice du second. (…)
De la même façon, le fonctionnement du système scolaire a été changé sous l’influence de ce continuum informatif et distractif qui concurrence l’école du dehors et met en échec le projet pédagogique. Le médiatique, proliférant et tentateur, se pose en rival du maître — ou des parents — et vient chambouler l’ordonnancement de ce qu’on appelait jadis la transmission et l’éducation.

Jean-Claude Guillebaud
La force de conviction
Editions du Seuil, 2005



Corrigé

Die Zelebration des Medienspektakels

 

Angefangen mit dem Wettlauf um die höchste Einschaltquote, mit den Wettkämpfen der Werbeagenturen und der „Jagd nach dem Scoop” bis hin zu den einstimmigen Lynchkampagnen,

LE CORRIGÉ MANQUE


11. Des amis malheureux

Il sortit lentement, silencieusement, après avoir regardé sa jeune femme une fois encore. Nous le vîmes, de la lisère du bois, fermer d’abord avec hésitation un volet, puis regarder vaguement vers nous, en fermer un autre, et soudain s’enfuir à toutes jambes dans notre direction. Il arriva près de nous avant que nous eussions pu songer à nous dissimuler davantage… Il fit mine de revenir sur ses pas pour franchir la haie du côté du petit ruisseau.
Je l’appelai : « Meaulnes ! Augustin ! »
Mais il ne tournait même pas la tête. Alors, persuadé que cela seulement pourrait le retenir :
« Frantz est là, criai-je. Arrête ! »
« Il est là ! dit-il. Que réclame-t-il ?
— Il est malheureux, répondis-je. Il venait te demander de l’aide, pour retrouver ce qu’il a perdu.
— Ah, fit-il, en baissant la tête. Je m’en doutais bien. J’avais beau essayer d’endormir cette pensée-là… Mais où est-il ? raconte vite. »
Je dis que Frantz venait de partir et que certainement on ne le rejoindrait plus maintenant. Ce fut pour Meaulnes une grande déception. Il hésita, fit deux ou trois pas, s’arrêta. Il paraissait au comble de l’indécision et du chagrin.

Alain-Fournier
Le grand Meaulnes

Corrigé


Unglückliche Freunde

 

Er ging langsam, geräuschlos, hinaus, nachdem er seine junge Frau noch einmal angesehen hatte. Wie sahen vom Waldessaum aus, wie er zunächst einen Fensterladen zögernd schloss,


LE CORRIGÉ MANQUE

 

 



 
 
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